Litige sur l'état des lieux : recours, conciliation, preuves

Bailleur et locataire en discussion autour d'un document d'état des lieux

Que faire en cas de désaccord sur un état des lieux ?

Un état des lieux peut être contesté de deux façons bien différentes selon le moment où le désaccord survient. Juste après sa signature, la loi prévoit un droit de rectification encadré, surtout pour l'état des lieux d'entrée. Plus tard, par exemple lors de la restitution du dépôt de garantie, le litige se règle par la voie amiable, puis, en cas d'échec, par la commission départementale de conciliation et enfin par le juge des contentieux de la protection. Dans tous les cas, c'est la qualité de l'état des lieux lui-même, précis et daté, qui détermine qui a raison.

Les litiges les plus fréquents autour de l'état des lieux

Quelques situations reviennent régulièrement :

  • Le locataire estime que l'état des lieux d'entrée, rédigé trop vite, ne reflète pas l'état réel du logement (défaut non noté, équipement non testé) ;
  • Une partie refuse de signer le document ou ne se présente pas au rendez-vous ;
  • Le bailleur impute au locataire une dégradation constatée à la sortie, que le locataire estime préexistante ou relevant de la vétusté normale ;
  • Aucun état des lieux n'a été réalisé à l'entrée, ce qui rend toute comparaison impossible à la sortie.

Le délai de 10 jours pour compléter l'état des lieux d'entrée

L'article 3-2 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, issu de la loi ALUR, ouvre un droit spécifique au locataire : dans un délai de 10 jours à compter de l'établissement de l'état des lieux d'entrée, il peut demander au bailleur d'y ajouter un élément oublié ou mal retranscrit le jour de la visite. Ce délai est porté à un mois pour les éléments de chauffage, lorsque la période de chauffe n'était pas en cours lors de l'état des lieux initial, afin de pouvoir vérifier leur bon fonctionnement une fois la saison froide arrivée.

Cette demande doit être formulée par lettre recommandée avec accusé de réception, ou remise en main propre contre décharge, en décrivant précisément l'élément concerné. Il s'agit d'un droit à compléter le constat, pas d'une remise en cause générale de son contenu : passé ce délai, l'état des lieux d'entrée fait foi tel qu'il a été signé.

Si une partie refuse de signer : le recours au commissaire de justice

Lorsque le bailleur et le locataire ne parviennent pas à s'entendre sur le contenu de l'état des lieux, ou que l'une des parties refuse purement et simplement d'y participer, l'article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit une solution : l'état des lieux peut être établi par un commissaire de justice (la profession qui regroupe depuis 2022 les anciens huissiers de justice et commissaires-priseurs judiciaires), à l'initiative de l'une ou l'autre partie.

La partie qui engage cette démarche doit informer l'autre de la date de la visite par lettre recommandée avec accusé de réception, envoyée au moins 7 jours avant. Le coût de cette intervention est partagé par moitié entre le bailleur et le locataire, dans la limite d'un tarif encadré par décret. L'état des lieux ainsi dressé a la même valeur probante qu'un état des lieux signé à l'amiable.

La voie amiable, toujours la première étape

Pour un désaccord sur une retenue au moment de la restitution du dépôt de garantie, ou sur l'interprétation d'un état des lieux de sortie déjà signé, la première démarche reste une lettre recommandée avec accusé de réception exposant clairement la demande (restitution d'une somme, justification détaillée d'une retenue, rectification d'une erreur manifeste) et rappelant les documents à l'appui : bail, états des lieux d'entrée et de sortie, photos, devis. Une partie importante des litiges se règle à ce stade, avant toute saisine d'un tiers.

La commission départementale de conciliation, un recours gratuit

Si la voie amiable échoue, la commission départementale de conciliation (CDC), instituée par l'article 20 de la loi du 6 juillet 1989, est compétente pour tenter de régler à l'amiable les litiges relatifs à l'état des lieux, au dépôt de garantie, aux charges ou aux réparations. Elle peut être saisie par le bailleur, le locataire, ou une association les représentant, au moyen d'un dossier adressé au secrétariat de la commission du département où se trouve le logement.

Sa saisine est entièrement gratuite et ne nécessite pas d'avocat. Le dossier doit en général comprendre une copie du bail, des états des lieux concernés et du courrier de réclamation déjà adressé à l'autre partie : un dossier incomplet n'est pas examiné. Pour certains litiges, la saisine préalable de la commission peut être une étape obligatoire avant toute action devant le juge ; en cas de doute sur votre situation, il est utile de vérifier ce point auprès du secrétariat de la commission de votre département ou d'un professionnel du droit.

Le juge des contentieux de la protection, dernier recours

À défaut d'accord amiable ou devant la commission de conciliation, le litige peut être porté devant le juge des contentieux de la protection (qui a repris cette compétence de l'ancien juge d'instance). En application de l'article L. 213-4-4 du code de l'organisation judiciaire, ce juge est seul compétent pour les actions relatives à un bail d'habitation, quel que soit le montant en jeu, et la représentation par un avocat n'y est pas obligatoire.

Il appartient alors à chaque partie de produire ses preuves : états des lieux, photographies, devis ou factures, échanges de courriers. Le juge tranche au vu de ces éléments, d'où l'importance d'un dossier complet et cohérent dès le départ.

Les preuves qui font basculer un dossier

Quelle que soit l'instance saisie, ce sont les mêmes pièces qui emportent la décision :

  • Un état des lieux d'entrée détaillé pièce par pièce, et non de simples mentions générales (« bon état ») ;
  • Des photos datées, associées à chaque élément décrit, à l'entrée comme à la sortie ;
  • Une comparaison explicite entre l'état des lieux d'entrée et celui de sortie, élément par élément ;
  • Les devis ou factures justifiant le coût d'une remise en état, en cas de dégradation imputée au locataire.

Un état des lieux imprécis ne protège ni le bailleur ni le locataire : c'est souvent l'absence de preuve, plus que le fond du litige lui-même, qui fait perdre un dossier devant la commission de conciliation ou le juge.

Prévenir le litige plutôt que le subir

La meilleure protection reste un état des lieux réalisé avec soin dès l'entrée dans le logement. Avec EDOUARD immo, chaque pièce et chaque équipement sont décrits individuellement, assistés par l'IA à partir de photos ou d'une dictée vocale, avec horodatage automatique et conservation des photos. La comparaison entrée/sortie générée automatiquement permet d'objectiver tout désaccord avant même qu'il ne devienne un litige.